Le radon est un gaz radioactif naturel, incolore et inodore, qui remonte du sol et s'accumule dans les pièces basses d'une maison. En France, le niveau de référence est fixé à 300 becquerels par mètre cube d'air. Une mesure coûte quelques dizaines d'euros ; faire baisser un taux élevé commence par l'aération.
À retenir
- Le gaz naît de l'uranium contenu dans les roches granitiques et volcaniques : la Bretagne, le Massif central, les Vosges, le Jura et la Corse sont les régions les plus concernées.
- Aucun sens ne détecte le radon : le seul moyen de savoir est de poser un dosimètre pendant deux mois, en hiver, dans une pièce de vie du bas.
- Au-dessus de 300 Bq/m³, on agit par étapes : aérer, colmater le contact avec le sol, puis mettre le soubassement en dépression si le taux reste haut.
Qu'est-ce que le radon et d'où vient-il ?
Le radon est un gaz noble radioactif d'origine naturelle. Il naît de la désintégration de l'uranium présent dans la croûte terrestre : l'uranium 238 se transforme lentement en radium, qui produit à son tour du radon 222. Ce gaz remonte ensuite par les fissures et les porosités du terrain jusqu'à la surface.
Sa période, c'est-à-dire le temps au bout duquel la moitié des atomes se sont désintégrés, est de 3,8 jours. C'est court, mais suffisant pour qu'il quitte la roche, traverse quelques mètres de terrain et pénètre dans un bâtiment. À l'air extérieur il se dilue aussitôt ; dans un volume fermé et peu renouvelé, il s'accumule.
Il est incolore, inodore et sans saveur, et il ne provoque aucun symptôme immédiat. C'est ce qui le distingue des autres polluants de l'air intérieur, où une odeur ou une irritation alertent souvent avant la moindre mesure.
Sa quantité se compte en becquerels par mètre cube (Bq/m³), un becquerel correspondant à une désintégration par seconde. La concentration moyenne relevée dans les logements français est de l'ordre de 90 Bq/m³ d'après les campagnes menées par l'IRSN, aujourd'hui intégré à l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). Cette moyenne cache des écarts considérables : certaines habitations dépassent 1 000 Bq/m³.
Pourquoi le radon est un risque pour la santé
Le radon est classé cancérogène certain pour l'homme, groupe 1, par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 1987. Ce ne sont pas les atomes de gaz eux-mêmes qui posent problème, mais leurs descendants solides : en se désintégrant, le radon produit des particules radioactives qui se fixent sur les poussières en suspension, se déposent dans les bronches et irradient les tissus du poumon.
En France, il est considéré comme la deuxième cause de cancer du poumon après le tabac. Santé publique France situe de l'ordre de 3 000 le nombre de décès annuels attribuables à cette exposition, soit environ un dixième des décès par cancer du poumon. Ces chiffres sont des estimations statistiques : ils décrivent une population entière, jamais un logement en particulier.
Le point décisif est l'effet combiné avec le tabac. Chez un fumeur, le risque lié au radon n'est pas ajouté mais multiplié, et la grande majorité des cancers attribués au gaz concerne des fumeurs ou d'anciens fumeurs. Réduire l'exposition dans un logement où l'on fume est donc doublement utile. Le radon reste par ailleurs le premier contributeur à l'exposition de la population aux rayonnements ionisants naturels de notre environnement.
L'Organisation mondiale de la santé recommande de rester sous 100 Bq/m³ et retient 300 comme maximum ; la réglementation française a repris ce niveau de référence de 300 Bq/m³ dans le code de la santé publique. En dessous, le risque n'est pas nul : aucun seuil ne rend l'exposition inoffensive.
Votre commune est-elle en zone à potentiel radon ?
Le territoire français a été découpé en trois catégories de potentiel radon, définies par un arrêté du 27 juin 2018 et établies à partir de la nature géologique du sous-sol de chaque commune.
- Catégorie 1 : potentiel faible. Terrains sédimentaires, dont l'essentiel des bassins parisien et aquitain.
- Catégorie 2 : potentiel faible, mais avec des facteurs locaux comme des failles ou d'anciens travaux miniers, capables de concentrer le gaz.
- Catégorie 3 : potentiel significatif. Terrains granitiques et volcaniques, principalement la Bretagne, le Massif central, les Vosges, le Jura et la Corse.
La cartographie est consultable librement, commune par commune, sur le site Géorisques du ministère chargé de la transition écologique. La page de votre commune indique sa catégorie et le contexte géologique qui la justifie. C'est le point de départ pour connaître le potentiel de son terrain, et il ne coûte rien.
Depuis le 1er juillet 2018, l'information sur ce classement figure dans l'état des risques annexé au bail ou à l'acte de vente lorsque le bien se trouve en catégorie 3. Un vendeur ou un bailleur doit donc la transmettre à l'acheteur ou au locataire. Attention au vocabulaire : ce n'est pas un diagnostic au sens du dossier technique remis à la vente, seulement une ligne d'information, et elle ne repose sur aucun relevé fait dans le logement. Aucune mesure n'est d'ailleurs obligatoire dans un logement privé : l'obligation ne vise que certains établissements recevant du public, écoles et crèches en tête, situés en catégorie 3.
Cette carte ne dit pas ce que contient votre maison, seulement ce que le terrain peut libérer. Deux maisons voisines, sur le même sol, affichent couramment des taux dans un rapport de un à dix selon leur soubassement et leur étanchéité : une maison en catégorie 1 peut dépasser le niveau de référence, une maison en catégorie 3 rester très en dessous.
Par où le radon entre et où il s'accumule
Le gaz suit une différence de pression. Un bâtiment chauffé est légèrement en dépression par rapport au terrain qui l'entoure : l'air chaud monte et s'échappe par le haut, ce qui provoque un appel d'air par le bas. Une part de cet appel se fait par le contact avec le sol, et l'infiltration emprunte alors les moindres défauts du plancher bas.
Les points d'entrée sont presque toujours les mêmes :
- les fissures de la dalle et les joints entre la dalle et les murs de fondation ;
- les passages de canalisations, de gaines électriques et d'évacuations qui traversent le plancher bas ;
- les sols en terre battue des caves anciennes, les puisards et les regards non couverts ;
- un vide sanitaire mal aéré, qui sert de réservoir avant que le gaz ne gagne les niveaux habités ;
- plus rarement, l'eau d'un puits privé foré dans un massif granitique.
La concentration décroît avec la hauteur : maximale en cave, encore élevée au rez-de-chaussée, nettement plus basse à l'étage. Ces points d'entrée sont d'ailleurs souvent les mêmes que ceux de l'humidité qui remonte du sol, et une cave humide est un bon indice de soubassement perméable.
Le niveau varie enfin dans le temps. Il monte en hiver, quand la maison est chauffée, fermée et donc plus en dépression, et il chute dès qu'on ouvre les fenêtres. Un relevé d'une journée ne veut rien dire : seule une moyenne sur plusieurs semaines est exploitable.
Comment mesurer le radon chez soi
Il n'existe aucun moyen de deviner un taux, ni à l'odeur, ni d'après l'âge du bâti, ni d'après la carte. Le dépistage est la seule réponse, et il est à la portée de tout le monde.
Le dosimètre passif
Le dispositif courant est un dosimètre passif : un petit boîtier contenant un film plastique sensible. Les particules émises par le gaz y laissent des traces microscopiques, que le laboratoire compte après développement. Il ne consomme pas d'électricité, ne fait aucun bruit et se pose sans outil. Comptez de l'ordre de 30 à 60 euros par dosimètre, analyse et envoi compris. Des détecteurs électroniques à lecture directe existent aussi, plus chers, utiles surtout pour contrôler l'effet de travaux.
Où et quand le poser
Le dosimètre se place dans une pièce de vie réellement occupée, au niveau habité le plus bas : séjour, chambre ou bureau du rez-de-chaussée. On l'installe à un mètre du sol environ, loin d'une fenêtre, d'une porte, d'une source de chaleur et de tout courant d'air. Deux dosimètres valent mieux qu'un dans une grande maison ou lorsque plusieurs niveaux sont habités.
La durée minimale est de deux mois, et la mesure doit se dérouler pendant la période de chauffe, entre le mois d'octobre et celui d'avril. C'est la fenêtre où les valeurs sont les plus hautes, donc celle qui décrit le pire cas plutôt qu'une moyenne flatteuse. Pendant ces deux mois, on vit normalement : aérer davantage que d'habitude pour améliorer le chiffre reviendrait à mesurer une maison qui n'existe pas.
Lire le résultat
Le laboratoire renvoie une concentration moyenne exprimée en Bq/m³. Voici comment la situer et ce qu'elle appelle comme suite.
| Radon mesuré | Situation | Suite à donner |
|---|---|---|
| Moins de 100 Bq/m³ | Valeur courante, sous la recommandation de l'OMS | Rien de particulier, garder une aération quotidienne |
| 100 à 300 Bq/m³ | Au-dessus de la recommandation, sous le niveau de référence français | Améliorer le renouvellement de l'air, puis refaire une mesure l'hiver suivant |
| 300 à 1 000 Bq/m³ | Au-dessus du niveau de référence | Colmater le contact avec le sol et renforcer l'extraction, puis contrôler par une nouvelle mesure |
| Plus de 1 000 Bq/m³ | Valeur élevée | Agir sans attendre, en faisant étudier une mise en dépression du soubassement par un professionnel |
Les travaux qui font baisser le taux
On procède par étapes, de la plus simple à la plus lourde, en remesurant après chacune. La baisse de radon obtenue dépend tellement du bâtiment qu'aucune solution ne peut être promise sur le papier : c'est le dosimètre suivant qui tranche.
1. Renouveler l'air
C'est le geste immédiat, gratuit, et il suffit souvent quand le dépassement est modeste. Ouvrir en grand dix minutes matin et soir, y compris en hiver, dilue le gaz accumulé pendant la nuit. Vérifier ensuite que les entrées d'air des fenêtres ne sont pas obstruées et que les bouches d'extraction tirent réellement : une VMC encrassée ou débranchée fait remonter le taux sans que rien ne le signale.
2. Couper le contact avec le sol
Il s'agit de traiter les voies d'entrée une par une : reboucher les fissures de dalle au mortier souple, garnir les joints périphériques, rendre étanches les traversées de canalisations et de gaines, couvrir les puisards et les regards. Sur une cave en terre battue, la pose d'une membrane formant une barrière étanche, lestée ou recouverte d'une chape, change souvent l'ordre de grandeur du résultat.
3. Assainir le soubassement
Un vide sanitaire ou une cave se ventilent pour eux-mêmes, afin que le gaz reparte dehors plutôt que de monter. Des grilles en façades opposées créent un balayage traversant ; un extracteur de faible puissance prend le relais si le tirage naturel ne suffit pas. Dans le même mouvement, on soigne l'étanchéité de la porte et de la trappe qui séparent ce volume des pièces habitées.
4. Mettre le terrain en dépression
C'est la contre-mesure la plus efficace lorsque les taux restent hauts. Un puisard est aménagé sous la dalle, relié à une gaine et à un extracteur qui rejette l'air en toiture. Le sous-sol se retrouve en dépression par rapport à la maison, et le gaz est capté avant d'entrer. Cette installation relève d'un professionnel : elle se dimensionne, et un ventilateur mal placé peut aggraver la situation en inversant les flux.
Les questions que l'on se pose le plus souvent
Comment détecter le radon dans une maison ?
Uniquement par une mesure, car le gaz est inodore, incolore et ne provoque aucun symptôme immédiat. On pose un dosimètre passif pendant au moins deux mois entre octobre et avril, dans la pièce de vie habitée la plus basse, puis on renvoie le boîtier au laboratoire pour analyse.
Quels sont les niveaux de radon acceptables ?
Le niveau de référence français est de 300 becquerels par mètre cube, tandis que l'Organisation mondiale de la santé recommande de rester sous 100. Il n'existe pas de seuil en dessous duquel l'exposition serait sans effet : plus la valeur est basse, plus le risque est faible.
Où se trouve le radon dans la maison ?
Dans les volumes en contact avec le terrain : cave, sous-sol, vide sanitaire, puis rez-de-chaussée. La concentration décroît avec la hauteur et devient nettement plus basse à l'étage, ce qui explique que la mesure se fasse toujours au niveau habité le plus bas.
Comment se protéger du radon ?
En agissant par étapes : aérer et vérifier l'extraction d'air, colmater les fissures et les traversées du plancher bas, aérer le vide sanitaire ou la cave, et faire installer une mise en dépression du terrain si le taux reste élevé. On remesure après chaque étape pour savoir laquelle a réellement produit un effet.
Rénovation énergétique : le piège de l'étanchéité à l'air
Voilà le point que les guides oublient le plus souvent. Isoler par l'intérieur, changer les menuiseries, calfeutrer les entrées d'air parasites : tous ces travaux réduisent le renouvellement de l'air. Le gaz qui remonte du terrain continue d'arriver au même rythme, mais il est évacué moins vite, donc il se concentre davantage. Une maison peut ainsi voir son taux augmenter après une rénovation menée dans les règles du point de vue thermique.
La parade n'est pas de renoncer à l'isolation, mais de traiter le plancher bas et l'extraction d'air dans le même chantier. Sur une rénovation de maison ancienne, cela veut dire reprendre les fissures de la dalle et l'étanchéité de la trappe de cave avant de poser l'isolant, et dimensionner l'extraction sur le bâtiment terminé plutôt que sur celui d'avant travaux. La logique est exactement celle d'une maison passive, où une enveloppe très étanche n'est tenable qu'avec une ventilation mécanique maîtrisée.
Le bon réflexe, dans un secteur classé en catégorie 3, est donc de mesurer avant le chantier, puis de nouveau l'hiver qui suit sa mise en service. La première mesure sert de point de comparaison, la seconde vérifie que l'on n'a pas fabriqué un problème d'air intérieur en résolvant un problème de chauffage.










