L'étiquette A+ émissions COV, obligatoire en France sur les produits de construction et de décoration vendus depuis 2012, indique le niveau d'émission de polluants volatils mesuré en laboratoire au bout de 28 jours : A+ pour les émissions très faibles, puis A, B et C pour les plus fortes.
La classe A+ en quatre repères
- Ce qu'elle mesure
- La concentration de dix substances et des COV totaux (COVT) que le produit libère dans l'air ambiant d'une pièce de référence, 28 jours après sa mise en œuvre.
- Qui la porte
- Revêtements de mur ou de sol, plafonds, cloisons, isolants, portes et fenêtres, peintures et vernis, colles et mastics.
- Comment la classe est fixée
- Par la plus mauvaise des substances : un seul dépassement suffit à faire descendre le produit d'une classe.
- Ce qu'elle ne dit pas
- Rien sur les meubles, rien sur la teneur du pot en solvants, rien sur les émissions des premiers jours.
D'où vient l'obligation d'étiquetage des émissions
L'étiquetage des émissions en polluants volatils découle de la loi Grenelle et du code de l'environnement, qui ont posé le principe d'une information obligatoire du grand public sur ce que les matériaux libèrent dans les logements. Deux textes en fixent les modalités : le décret n° 2011-321 du 23 mars 2011 relatif à l'étiquetage des produits de construction ou de revêtement de mur ou de sol et des peintures et vernis sur leurs émissions de polluants volatils, puis l'arrêté du 19 avril 2011 relatif à l'étiquetage, qui détaille la méthode de mesure, les seuils et le format du logo.
Le calendrier a été progressif. Depuis le 1er janvier 2012, tout produit nouvellement mis sur le marché en France doit porter l'étiquette. Depuis le 1er septembre 2013, l'obligation concerne l'ensemble des produits vendus, y compris ceux qui étaient déjà en rayon avant janvier 2012. C'est au fabricant, ou à l'importateur, de faire mesurer son produit et d'apposer la classe sur l'emballage ou à proximité immédiate en magasin, ainsi que dans la documentation technique.
Le dispositif est français : un produit vendu ailleurs en Europe n'a pas l'obligation de le porter, ce qui explique qu'un pot acheté à l'étranger ou sur certaines places de marché en ligne en soit parfois dépourvu. En France, son absence sur un produit concerné est une non-conformité, contrôlée par les services de l'État. Le ministère chargé de l'environnement publie le texte de la réglementation et une fiche d'explication sur son site, à destination des industriels comme du consommateur.
Comment lire une étiquette COV, de A+ à C
Le logo se présente comme une échelle de quatre cases colorées, classe allant de A+ à C, surmontée de la mention « Émissions dans l'air intérieur ». Une phrase normalisée l'accompagne : elle précise que l'information porte sur le niveau d'émission de substances volatiles dans l'air intérieur, présentant un risque de toxicité par inhalation, sur une échelle de classe allant de A+ (très faibles émissions) à C (fortes émissions). La case de la classe obtenue est mise en évidence.
Trois points de lecture évitent les contresens :
- La lettre ne qualifie que les émissions dans l'air intérieur. Elle ne dit rien de la tenue, du rendement, de la fabrication ni de l'impact du produit sur l'environnement extérieur.
- Elle vaut pour une référence précise, et peut changer d'une teinte, d'une finition ou d'une base à l'autre dans une même gamme : une laque satinée et une peinture mate du même fabricant n'ont pas forcément la même classe.
- Une mention commerciale du type « faible odeur » ou « formule respectueuse » n'est pas une mesure. Seule la lettre de l'étiquette réglementaire repose sur un essai.
Ce repère vaut pour chaque teinte, y compris pour la couleur rose en décoration, déclinée aujourd'hui du rose poudré au vieux rose : deux pots de couleurs voisines peuvent se trouver aux deux extrémités de l'échelle.
Les niveaux d'émission des COV, substance par substance
L'essai suit les normes de la série ISO 16000 : le produit est posé dans une chambre d'essai ventilée, à température et humidité contrôlées, puis l'air est prélevé et analysé. Les concentrations mesurées au bout de 28 jours sont ramenées à une pièce de référence, et chaque substance est comparée à quatre seuils. La classe finale est celle de la substance la moins bien placée : un produit excellent sur neuf substances mais moyen sur le formaldéhyde sera classé selon le formaldéhyde.
| Substance mesurée (µg/m³) | C | B | A | A+ |
|---|---|---|---|---|
| Formaldéhyde | > 120 | < 120 | < 60 | < 10 |
| Acétaldéhyde | > 400 | < 400 | < 300 | < 200 |
| Toluène | > 600 | < 600 | < 450 | < 300 |
| Tétrachloroéthylène | > 500 | < 500 | < 350 | < 250 |
| Xylène | > 400 | < 400 | < 300 | < 200 |
| 1,2,4-triméthylbenzène | > 2 000 | < 2 000 | < 1 500 | < 1 000 |
| 1,4-dichlorobenzène | > 120 | < 120 | < 90 | < 60 |
| Éthylbenzène | > 1 500 | < 1 500 | < 1 000 | < 750 |
| 2-butoxyéthanol | > 2 000 | < 2 000 | < 1 500 | < 1 000 |
| Styrène | > 500 | < 500 | < 350 | < 250 |
| COV totaux (COVT) | > 2 000 | < 2 000 | < 1 500 | < 1 000 |
Seuils de l'annexe de l'arrêté du 19 avril 2011, exprimés en microgrammes par mètre cube d'air de la pièce de référence. L'écart le plus marqué concerne le formaldéhyde : la classe A+ exige une concentration douze fois plus faible que la limite de la classe C. Pour le butoxyéthanol, le triméthylbenzène ou les COV totaux, l'échelle est beaucoup plus resserrée, ce qui explique que la plupart des peintures en phase aqueuse atteignent A ou A+ alors que certains panneaux et colles restent en B. La quantité totale de composés relevés, et non le seul niveau d'une substance chimique, entre ainsi dans la classification, quelle que soit la fonction du matériau dans le bâtiment.
Quels produits ont l'étiquette A+, et lesquels y échappent
L'arrêté vise les produits installés à l'intérieur des locaux, ou utilisés pour leur pose et leur préparation. Sont concernés :
- les revêtements de sol, de mur et de plafond : parquets, stratifiés, moquettes, vinyles, papiers peints, lambris, carrelages traités ;
- les cloisons et faux plafonds, les panneaux de bois, les produits d'isolation thermique ou acoustique ;
- les portes et fenêtres, menuiseries comprises ;
- les produits de pose et de finition : peintures et vernis, colles, mastics, enduits, lasures, mortiers de jointoiement.
Le mobilier n'entre pas dans le champ. Un dressing en panneau aggloméré, une table ou un lit ne portent aucune classe, alors qu'ils figurent souvent parmi les premières sources de formaldéhyde d'une pièce : la question du formaldéhyde des meubles en bois reconstitué se règle par d'autres repères (labels, panneaux de classe E1 ou mieux, temps de dégazage). Les produits faits uniquement de verre ou de métal non traités, comme une poignée ou une vitre seule, sont également exclus, faute de matière susceptible d'émettre.
En rayon, la quasi-totalité des peintures intérieures affiche désormais A ou A+. L'étiquette reste donc plus discriminante sur les colles, les vernis vitrificateurs, les sols souples et les panneaux que sur les pots de peinture, où elle sert surtout à écarter les rares références classées B ou C. Pour des matériaux destinés à un usage intensif, comme un sol de séjour ou une colle de préparation, l'écart d'une lettre pèse davantage sur la qualité de l'air intérieure que pour une retouche ponctuelle.
Effets des COV sur la santé et pollution de l'air intérieur
Les composés organiques volatils sont des substances carbonées qui passent facilement à l'état de gaz à température ambiante. Dans un logement, ils proviennent des matériaux, des produits d'entretien, des meubles, de la cuisson, du tabac ou des bougies. Leur effet le plus fréquent est irritatif : yeux qui piquent, gorge sèche, maux de tête, gêne respiratoire, surtout chez les enfants et les personnes asthmatiques. Certains vont plus loin : le formaldéhyde est classé cancérogène pour l'homme par le Centre international de recherche sur le cancer depuis 2004, et le benzène l'est également.
L'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a fixé des valeurs guides de qualité d'air intérieur pour plusieurs de ces substances, et l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur a relevé du formaldéhyde dans la quasi-totalité des logements français étudiés lors de sa campagne nationale. La pollution de l'air intérieur n'est donc pas réservée aux maisons qui sortent de travaux.
Les émissions culminent juste après la pose puis décroissent. L'odeur de neuf qui suit un chantier n'accompagne pas les COV : elle en est la manifestation. Face à une odeur persistante, couvrir par un parfum d'intérieur, de l'encens ou une bougie parfumée ne supprime rien et ajoute de nouvelles émissions, la combustion libérant notamment benzène et formaldéhyde. Les COV ont aussi un effet hors du logement : rejetés à l'extérieur, ils participent à la formation d'ozone dans la basse atmosphère, un polluant irritant qui contribue aussi à l'effet de serre.
Étiquette émissions, Décopaint, labels : trois informations différentes
Sur un même pot de peinture cohabitent souvent trois mentions qui ne disent pas la même chose. Les confondre conduit à acheter une « peinture sans COV » qui en émet, ou à écarter un produit très peu émissif.
| Information | Ce qu'elle mesure | Obligatoire | Unité |
|---|---|---|---|
| Étiquette émissions (A+ à C) | Ce que le produit sec libère dans l'air d'une pièce après 28 jours | Oui, en France | µg/m³ d'air |
| Mention Décopaint (directive 2004/42/CE) | La quantité de solvants volatils contenue dans le pot avant application | Oui, dans l'Union européenne, pour les peintures et vernis | g/L de produit |
| Écolabel européen, NF Environnement, Ange bleu, eco-INSTITUT | Un cahier des charges plus large : composition, substances exclues, émissions, parfois tenue | Non, démarche volontaire | Critères propres à chaque label |
La mention Décopaint indique une teneur maximale en COV dans le produit liquide, comparée à une valeur limite européenne par catégorie. Une faible teneur va souvent de pair avec une classe A+, sans que l'une garantisse l'autre : l'étiquette française mesure aussi des substances formées pendant le séchage ou libérées par les liants. Le taux affiché en grammes par litre renseigne donc sur la composition, l'essai en laboratoire sur l'émission réelle. Un label volontaire, enfin, se vérifie sur le site internet de l'organisme qui le délivre, où chaque produit certifié est listé.
Comment choisir une peinture sans COV ou un produit A+
Une peinture strictement sans COV n'existe pas : même les formulations minérales ou à base d'huiles végétales libèrent des composés volatils, naturels ou non. L'expression désigne en pratique des produits à très faible teneur et à très faibles émissions. Pour viser juste :
- exiger la classe A+ sur l'étiquette réglementaire, et la vérifier sur la fiche technique de la référence exacte, teinte comprise ;
- lire la mention Décopaint pour comparer la teneur en solvants entre deux produits A+ ;
- pour une chambre d'enfant ou une pièce peu ventilée, privilégier un produit qui porte en plus un label exigeant sur les émissions ;
- ne pas oublier la sous-couche, l'enduit, la colle du revêtement et le vernis : un mur A+ posé avec une colle classée B ne fait pas une pièce A+.
Les critères d'une peinture naturelle sans COV pour la chambre vont au-delà de l'étiquette : composition, liant, pigments, conservateurs. La classe A+ reste le premier filtre, le plus simple à contrôler en magasin.
Pourquoi l'étiquetage A+ ne suffit pas sans ventilation
L'étiquette réduit la source, elle ne la supprime pas. Une classe A+ signifie une concentration faible dans une pièce de référence ventilée selon un débit standard : dans une chambre fermée, aux entrées d'air bouchées, la même peinture donnera une concentration plus élevée. Les premiers jours, avant les 28 jours de la mesure, les émissions sont aussi nettement supérieures à celles que traduit la lettre.
Le renouvellement d'air est donc l'autre moitié du traitement : aération large et fréquente pendant et après les travaux, entrées d'air dégagées, bouches d'extraction propres, ventilation en état de marche. Le taux de dioxyde de carbone, mesuré par un capteur bon marché, donne une idée simple de la qualité du renouvellement d'air d'une pièce occupée. Réserver si possible une à deux semaines entre la fin des travaux et l'installation dans une chambre, fenêtres ouvertes plusieurs fois par jour, limite l'exposition au moment où elle est la plus forte. Le stockage des pots entamés compte aussi : un garage ou un cellier séparé du logement évite qu'ils libèrent leurs solvants dans une zone habitée, quelle que soit leur utilisation future. Choisir A+ et ventiler se complètent : aucune des deux mesures ne remplace l'autre pour retrouver un air sain.
Odeur d'un produit A+, meubles et fiabilité de l'étiquette d'émission
Un produit classé A+ peut-il sentir fort ?
Oui, au moment de l'application. La classe est mesurée après 28 jours, quand le produit est sec et que l'essentiel des solvants s'est évaporé. Une odeur marquée pendant la pose ou les premiers jours ne contredit pas l'étiquette ; une odeur qui persiste plusieurs semaines dans une pièce aérée mérite en revanche de vérifier la classe des autres produits posés.
L'étiquette A+ est-elle obligatoire sur les meubles ?
Non. Le mobilier n'est pas concerné par l'arrêté du 19 avril 2011, même lorsqu'il est fabriqué en panneaux de bois. Seuls les produits de construction, les revêtements de mur ou de sol et les produits de pose comme les peintures, vernis et colles doivent porter la classe d'émission.
Comment savoir si une étiquette est fiable ?
La classe est déclarée par le fabricant sur la base d'essais en laboratoire, et les services de l'État contrôlent les produits en vente. La fiche technique ou la fiche de déclaration environnementale du produit doit reprendre la même classe que l'emballage ; une contradiction entre les deux, ou une étiquette sans échelle complète, est un signal d'alerte.
















